Des histoires vraies qui vous donnent envie d’inventer des contes fabriqués de toutes pièces.

Il y a quelques années j’ai lu avec beaucoup de plaisir Just Kids de Patti Smith. On y découvre, sous une forme autobiographique dont l’écriture ne laisse rien au hasard, l’univers dans lequel Mapplethorpe et elle ont évolué dans les années 70. Aujourd’hui, je me suis délecté de Glaneurs de rêves, toujours autobiographique et tellement poignant sur le plan littéraire et artistique que je ne peux résister à la tentation d’en citer quelques passages :

Le plafond était un quadrillage
une ligne enlevée, du muscle,
une autre langue
mais pas celle du langage

Et pour mieux rebondir sur de tels quadrillages, quoi de mieux que le chapitre intitulé “Quadrille” :

L’esprit d’un enfant est pareil à un baiser sur le front – ouvert et désintéressé. Il virevolte comme virevolte la ballerine au somme d’un gâteau d’anniversaire avec ses étages de glaçage toxique et sucré.

L’enfant, dérouté par l’ordinaire, entre sans effort dans l’étrange, jusqu’à ce que la nudité l’effraie, le confonde ; là il cherche une certaine protection, un certain ordre. Il entrevoit, il glane, assemblant un fol édredon de vérités – des vérités sauvages et nébuleuses, dont c’est à peine si elles frôlent en fait la vérité.

Il arrive que la cruelle intensité de ce phénomène produise un éclat de beauté mais bien souvent il n’est qu’un déchirement dans le chatoiement d’où s’arracher, se dégager. Une colonne de corde qui traverse une arène plus lointaine et éblouissante que jamais.

(…)

Souffle dessus, des chandelles, une étoile… Ce qu’on veut. Un compagnon. Une lune enregistrée que libre. Ou peut-être d’entendre de nouveau ainsi qu’on entendait enfant. Une musique – curieuse, optimiste, aussi simple et furtive que l’appel du quadrille qui pénètre la nuit d’été. Des rondes de rire et de délice qui s’étendent. Tout le monde danse, danse et c’est tout.

Outre un clin d’oeil aux voyelles de Rimbaud, le lecteur avisé y découvrira de nombreuses photos en noir et blanc qui donnent encore plus de profondeur au récit. Bref, un véritable ode à la liberté – de rêver aussi !

Hâte de lire le prochain, dans l’édition originale en anglais :